Des marchands de sable en route pour Boston

Pour le concours international iGEM, les jeunes pousses en biologie de l’équipe bordelaise s’envolent, de nouveau, vers les États-Unis. Loquaces et passionnés, ces étudiants manipulant le vivant dévoilent leur projet 2016 : polymorphe, complexe, perché… comme on pouvait l’espérer !

  • 08/07/2016

Un échantillon de l’équipe iGEM Bordeaux 2016. © Charlotte Maillot - ENSTBB Un échantillon de l’équipe iGEM Bordeaux 2016. © Charlotte Maillot - ENSTBB

 «22 ? » « 20 ? » « Euh… 23 ? » Ne demandez jamais à l’équipe iGEM Bordeaux combien ils sont. Demandez-leur plutôt de vous parler gènes, bactéries et chimie.Dans leurs mains, les séquences d’ADN se métamorphosent en Lego et la biologie prend la forme d’un vaste terrain de jeu. Entre articles de vulgarisation et interventions en milieu scolaire, ils présentent avec brio leurs travaux de recherche. Tant mieux, car la médiation est un des critères d’évaluation du concours iGEM (1) auquel ils candidatent, une compétition internationale de biologie de synthèse se tenant à Boston. « La biologie de synthèse, c’est produire en laboratoire, in vitro, des éléments du monde biologique » expliquent de concert Noémie (2) et Linejy (3). « Pour cela, on passe par des organismes génétiquement modifiés, mais ils ne sont que l’outil. »
En licence et en master à l’université de Bordeaux, ou en école d’ingénieur à l’ENSTBB (4), ils étudient la biochimie, les biomatériaux ou encore les biotechnologies. Différents horizons, mais une particularité qui les rassemble : un projet de quelques mois associant recherche scientifique pointue et médiation des sciences.

Passionnés, ils consacrent leur temps libre à l’élaboration de protocoles alambiqués et à la manipulation, minutieuse, de l’infiniment petit.

Nos jeunes scientifiques bordelais n’en sont pas à leur premier fait d’arme. L’année dernière, certains d’entre eux s’étaient envolés pour le Massachusetts afin de proposer un traitement contre le Mildiou, ce parasite qui sévit dans nos vignes. Or qui dit vol transatlantique dit décalage horaire ; qui dit décalage horaire dit troubles du sommeil. L’équipe n’y a pas échappé. Elle a même choisi d’en faire sa thématique d’étude pour 2016.  L’idée ? Double ! Produire, via la fameuse bactérieEscherichia coli, une protéine induisant le sommeil et prouver son efficacité en contrôlant le sommeil d’un ver lilliputien d’1 mm de long. En parallèle, construire un nouvel outil d'ingénierie génétique, permettant de détecter puis d'allumer ou d'éteindre certains gènes du sommeil de Caenorhabditiselegans, le ver format Passe-Partout. Dans notre société d’insomniaques, les perspectives de ces travaux font mouche : avoir de nouveaux traitements contre les troubles du sommeil. Et ce n’est pas tout ! Ils mettent en place un modèle informatique évaluant les risques que des bactéries s’échappent de leur boîte de culture et contaminent le labo. Un modèle utile pour leurs expériences, mais également pour de nombreux chercheurs. « La bio-informatique est un grand domaine dont tous les biologistes ont besoin » affirme Savandara (5).

Un ver dormant comme un loir...

Débutée en janvier, l’aventure bat son plein et les phases de manipulations ont commencé. Mais la bande de joyeux lurons ne bricole pas toute seule des organismes vivants : elle est encadrée par Denis Dupuy, chargé de recherche Inserm à l’IECB. Il prône une autonomie où l’on apprend de ses erreurs, tout en veillant d’un œil avisé au bon déroulement des opérations. Les premiers résultats pointent le bout de leur nez, espérons que jouer à Morphée sera un pari gagnant !

L’équipe iGEM PMBS_Bordeaux

Les apprentis chercheurs d’iGEM Bordeaux ne sont pas les seuls à avoir retroussé leurs manches cette année. Cinq étudiants du master Biotechnologie des plantes de l’université de Bordeaux ont imaginé la production d’un biocarburant, l’iso-octane, par des algues unicellulaires génétiquement modifiées. Non seulement ces dernières pousseraient dans un bassin d’épuration et dépollueraient les eaux usées, mais le bilan carbone serait positif ! Un projet bien construit qui mérite notre attention. Par manque de temps et de soutiens financiers, ils n’ont pu se présenter cette année. Souhaitons-leur un bon abordage de Boston pour 2017 !

1 iGEM : international Genetically Genetically Engineered Machine
2 Noémie Dubuc, étudiante en M1 de Génétique moléculaire et cellulaire à l’université de Bordeaux
3 Linejy Tavars, étudiante en M1 de Biologie et Biotechnologie des plantes à l’université de Bordeaux
4 ENSTBB : École nationale supérieure de technologie des biomolécules de Bordeaux
5 Savandara BESSE, étudiante en M1 de Bio-informatique à l’université de Bordeaux

Yoann Frontout
Journaliste scientifique stagiaire
Direction de la communication

iGEM Bordeaux

Pour en savoir plus sur le projet « Sleep with EpiC elegans » de l'équipe iGEM Bordeaux :

PMBS_Bordeaux

Pour en savoir plus sur le projet « Alg’Oil » de l’équipe PMBS_Bordeaux